Démarche

Mon travail s’apparente à celui du paléontologue, de l’archiviste, du collectionneur et de l’historien, c’est-à-dire que je scrute, j’explore, je glane, je rassemble et je collectionne des centaines d’informations sur l’objet qu’est la ville. Les sujets que j’aborde sont l’identité, la mémoire collective, les signes culturels, le patrimoine architectural, la structure du paysage urbain, le développement d’un territoire, l’évolution des sites et la consommation quotidienne.

C’est la dimension matérielle de la ville qui m’intéresse. En cela, je travaille sur l’idée que tous les éléments matériels dans la ville – petits, grands, géants – sont des marqueurs temporels, culturels, sociaux et économiques. Jour après jour, nous participons à la transformation de l’espace publique par nos actions quotidiennes. Les immeubles à briques rouges, les pignons à redents, l’enseigne publicitaire du boucher de quartier, les couvercles de regard de nos aqueducs, etc., tous ces éléments observables dans le paysage urbain constituent des éléments de notre mémoire collective.

Pour orienter ma recherche artistique, je m’appuie sur la théorie spatiale du sociologue américain Robert Erza Park élaborée dans son ouvrage intitulé The City. Il avance l’idée que « la ville est à l’image des gens qui l’habitent ». Je m’approprie cette réflexion en me questionnant sur les différentes lectures que nous pouvons faire pour comprendre qui nous sommes à travers le bâtit et les formes urbaines. Par le biais de mes œuvres, dans des compositions qui reprennent tantôt des principes d’organisation urbaine et tantôt s’inspirent des méthodes de classement muséologique, je tente de montrer les choses et les formes qui ont retenu mon attention, car ils me semblent être des caractéristiques distinctifs de la société urbaine ; témoins d’une époque ou annonceurs de nos savoir-faire et de notre façon de vivre. 

Bien que l’observation durant mes parcours urbains soit le cœur de mon approche, j’utilise comme technique la photographie, le dessin et la cueillette d’objets urbains pour rassembler des informations. Chaque rue empruntée est un espace « expérimenté » où tous les éléments se révèlent importants et porteurs de sens. Aussi, la notion de temps occupe une place fondamentale voire matricielle dans ce processus. Prendre le temps de regarder, de flâner et d’errer devient une action déterminante pour une ouverture vers de nouvelles réflexions.